Les Musées, les agents, la Collectivité, les élus... la vie ordinaire !!
Plusieurs années de vie en Collectivité à espérer que l'action d'un agent ordinaire soit prise en compte et utile.... ça use ! La démarche est d'autant plus pure lorsqu'il s'agit de musées. La Fabrique à Musées ("amusée" ou "à m'user") est faite pour raconter l'histoire d'un brave gars pas méchant qui croyait en la Fonction Publique et tous ces agents entièrement dévoués à la cause du peuple. A travers la vie d'un musée cloisonné entre des volcans, découvrez celle d'une Fonction Publique engluée dans le quotidien.
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Les Bidochon débarquent !
par Meilhac, le 18 Septembre 2008 à 10:18
Pour ceux qui mènent les visites de leurs expositions, je ne parle pas des conservateurs en chef pour qui se mêler aux crotteux et galeux et partager quelques connaissances est une incongruité sociale indigne voire une faute professionnelle laissée aux humbles animateurs et médiateurs, donc pour ceux qui assurent les visites de leurs expos, il a bien dû leur arriver de constater l'hétérogénéité d'un groupe de visiteurs et la rémanence façon Star'Ac de certains personnages.
Dans l'univers feutré des musées, lorsque l'on évoque un groupe, on pense immédiatement aux retraités en goguette que les tours opérateurs traitent comme des troupeaux transhumants ensorcelés par la promesse de buffets gastronomiques à volonté alternés avec des visites d'ateliers artisanaux de fabrication de sabot. Durant le séjour touristique, au moins deux musées doivent apparaître mais point trop n'en faut et surtout, pas trop longtemps (une heure maximum). Ainsi, lorsqu'un tour opérateur évalue un musée pour l'insérer dans l'itinéraire de sa transhumance, il ne s'émeut pas de la thématique mais insiste sur des critères fonctionnels propres à sa clientèle :
- la distance entre l'arrêt de bus et l'entrée du musée pour prévenir la fatigue des déambulateurs
- l'existence de toilettes aménagées pour les vessies très vulnérables de ses clients parfois incontinents (mais pas toujours !)
- la quantité de sièges dans l'exposition pour les séants moelleux de Raymonde et Robert
- la possibilité de trouver un restaurant à proximité du musée (avec buffet à volonté pour les retraités gloutons).
En général, la personne qui représente le tour opérateur tient aussi le rôle le guide et vient s'assurer que le musée rassemble tous ces critères de confort pour les prostates sensibles. Vous lui proposez un guidage de l'exposition ? Idée absurde et licencieuse puisque c'est lui qui conduira la visite. C'est une charge de moins dans le coût global de la visite et peu importe la qualité et la justesse des propos de cette personne autopromue experte, les retraités des Charbonnages de France n'y verront que du feu et ne pourront poser aucune question à cause du minutage très serré. Je pourrai revenir dans une prochaine contribution sur les tours opérateurs, leurs méthodes et leur morgue pour leur bétail.
Un groupe de visiteurs (environ 25/30 personnes) est hétéroclite avec quelques profils que l'on retrouve régulièrement. La majeure partie est composée de personnes modérément intéressées, débarquant dans le musée par hasard avec cependant l'espoir, ou le doute, d'y être captivées. Au bout de quelques minutes, plus de la moitié d'entre-elles acquiert la certitude que leur concentration ne restera pas envoûtée par les paroles du guide. Aussi, ces visiteurs gardent leurs yeux vitreux hypnotisés braqués sur l'accompagnateur alors que les paupières deviennent lourdes, très lourdes. En revanche, la moitié inférieure du visage s'anime de spasmes qui trahissent des bâillements souvent mal ou absolument pas étouffés. Petit à petit, ces gens désertent le groupe et vont retrouver les copains restés plantés à l'entrée pour discuter de la frugalité honteuse du repas de la veille.
Un groupe possède toujours son amuseur, celui qui suppose pertinent de lancer un « poil au nez » alors que l'on souhaite la « bienvenue dans le musée » et qui pouffe façon Philippe Bouvard lorsque le guide, en fin de parcours, espère que la visite a plu. Ce personnage n'est jamais vindicatif, paradoxalement reste même sympathique car, le plus souvent, il respecte le travail du guide.
Le deuxième personnage est le grognon, légèrement misanthrope, voire guidophobe. C'est sa femme qui l'a forcé à participer au voyage organisé. Il décide de faire payer sa présence contrainte au guide en marmonnant ou en ricanant des informations qu'il entend et qu'il juge systématiquement idiotes et dérisoires. En revanche, il n'intervient jamais publiquement, préférant la lâcheté comme rempart contre toute réprimande polie du guide.
Et puis, il y a celui-qui-sait-tout, ou plutôt qui a la certitude de savoir mais dont les semonces tombent souvent à plat. Celui-ci regarde chaque jour Questions pour un Champion ou Qui veut gagner des Millions. Devant son téléviseur, il passe toutes les étapes avec succès, est millionnaire tous les soirs sans toujours recourir à un ami ou au 50/50. Enhardi par ses résultats audiovisuels, la télé lui accorde la conviction d'être une sommité. Néanmoins, ses interventions fondent comme bouse au soleil car hors-sujet ; en revanche, il gardera toute son autorité auprès de ses copains de voyage assurés que le guide s'est fourvoyé et qu'il n'a pas osé l'avouer devant tant de connaissances encyclopédiques labélisées par Julien Lepers.
Enfin, le dernier personnage, le plus discret de tous, est celui qui sait vraiment, celui qui a LA question imparable ou la remarque ultra-pertinente qu'il cultive innocemment dans son mutisme depuis le début de la visite sans être conscient qu'il va poser une colle qui renverra le guide à ses études. Ce personnage sait aussi bien que vous, voire mieux. Aucune amertume contre le guide chez ce visiteur pourtant rempli de regrets. Il n'a pu profiter d'une éducation comme la nôtre, a dû travailler rapidement et très jeune. Aujourd'hui, sans parler de revanche, il se construit une culture bien plus éminente et moins classique que celle d'un conservateur en chef.
Très modeste, ce personnage vient discuter presque toujours en fin de parcours...... à condition que le responsable du groupe n'ait pas sifflé le rassemblement du troupeau pour la visite de l'atelier du dernier sabotier de France ou bien le concours cantonal de labours.
2 commentairesL'autoérotisme de la Commission Culture
par Meilhac, le 12 Septembre 2008 à 14:30 (modifié le 12/09/2008 à 23:05)
Dans une collectivité, quelle qu'elle soit, les commissions rassemblant techniciens et z'élus sont destinées à générer une réflexion qui aboutira à des propositions qui, éventuellement, si elles ont retenu l'attention d'autres z'élus lors d'un bureau politique ou d'un Conseil municipal en toute fin d'ordre du jour, aboutiront à des actions. Donc, on peut dire que les réunions de la Commission Culture, puisqu'il s'agit de celle-ci, sont complètement illusoires et inutiles à l'instar de la moitié des réunions dans la Fonction Publique Territoriale (je n'évoque pas les deux autres fonctions publiques que je ne connais pas, bien que des indices et mon instinct m'incitent à penser que....). La raison de cette inutilité réside dans la psychologie des z'élus du Conseil, ici municipal, qui considèreront d'un mauvais œil le constat et les propositions des membres de cette commission accusés d'élitisme : ils ne lui font pas confiance et pensent toujours être mieux à même de savoir précisément ce que réclame et ce dont a besoin le bon peuple.
Parmi les nombreuses réunions de cette commission auxquelles j'ai pris part, je me souviens de l'une d'elle symptomatique des échanges prolixes et nombrilistes entre cadres culturels : directeur du théâtre municipal, directeur de l'école de musique et directeurs des musées, tout ce gotha encadré par l'adjoint à la culture. J'ai oublié de citer le directeur des archives municipales dont personne ne voulait dans sa commission. Inclassable, il était donc là par défaut, toléré car considéré comme ne faisant pas partie intrinsèquement du monde culturel ; il devait se garder d'intervenir au risque d'être éludé. Ses demandes se limitaient à quelques cartons innocents et étagères de rangement supplémentaires. Ses prétentions budgétaires étaient donc circonscrites et ne constituaient pas un danger pour les budgets des autres cadres présents. D'où la tolérance physique à son égard.
L'adjoint à la culture (acteur dans la même troupe de comédiens que son ami directeur du théâtre) : « Faisons un pré-bilan de l'offre culturelle de la collectivité et de la participation desélecteurscitoyens ».
Le directeur du théâtre pensant que cette demande lui était naturellement et de droit destinée, s'accaparre la parole et ignore les autres : « La saison est terminée. Et quel succès populaire ! Le partage, la conscience de l'autre, l'empathie ont été les valeurs humaines de notre programmation. De ce fait, cette année, nous avons eu une troupe magnifique de comédiens bosniaques en résidence[1]. Leur création, intitulée très sobrement « La mort », rappelait le drame de ce territoire et la volonté de ce peuple à renaître. Création artistique minimaliste jouée en espéranto, les comédiens étaient nus pour exhiber l'indigence des Bosniaques pendant cette période de drame et d'incompréhension entre ce peuple et le reste du monde ».
L'adjoint à la culture : « Création très forte bien que je n'y tîns qu'un petit rôle.... ».
Ma pomme : « Personnellement, je n'ai rien compris ».
Le directeur du théâtre s'exclamant : « Parfait, mais c'est justement ça l'incompréhension entre les Bosniaques et nous !! »
Puis il reprend : « Ensuite, nous avons eu un collectif rwandais relatant le génocide. Peuple très pauvre, les comédiens manifestaient leur désapprobation face aux multinationales, soutenues par des états riches, et venues pour nettoyer le sous-sol africain de ses richesses. Pour cela, les comédiens étaient nus afin de protester contre l'appauvrissement de l'Afrique ».
L'adjoint à la culture : « Puissant, prenant, asphyxiant ».
Le directeur du théâtre : « Enfin, le troisième et ultime spectacle de la saison, plus optimiste, mettait en scène la tragédie arménienne. Fort heureusement, l'histoire se termine bien si je puis dire puisque l'Assemblée nationale française a reconnu le génocide...... (rires bouffis et complices du directeur du théâtre et de l'adjoint). Bien sûr, c'était nécessaire, la nudité des comédiens était inévitable pour établir la pauvreté de ce peuple au début du XXème siècle.
Grâce à cette programmation, la fréquentation du théâtre est en hausse. En moyenne, nous avons eu une centaine de spectateurs, soit un taux de remplissage à peine inférieur à 30 %. Pour la saison suivante, je vais être contraint de demander une augmentation du budget si l'on veut conserver une programmation aussi dynamique et ambitieuse d'un point de vue culturel. Vous admettrez tous que j'ai besoin de me déplacer pour rencontrer ces compagnies et assister à leurs spectacles avant de prendre le risque de les programmer........ ».
Devant cette demande aussi évidente que malhonnête, cette fois-ci d'un point de vue moral et intellectuel, aucun d'entre nous n'est intervenu, surtout pas l'adjoint à la culture. Par principe, ce dernier était d'accord avec son ami. Quant aux autres, nous savions tous qu'il était dérisoire d'argumenter contre ; le Conseil municipal perdrait quelques membres à la suite d'attaques cérébrales et étouffements dus à l'ingurgitation de dentiers à la simple écoute de cette demande de théâtreux assoiffés de culture élito-exhibo-porno-bobo.
Voici donc ce qu'est une Commission Culture. On se congratule, on se masturbe de ses succès alors que le directeur des archives municipales devra encore attendre le budget suivant pour obtenir ses cartons. Et, lorsque personne n'a rien à dire, on se désespère de la sincérité et de la motivation de la demande culturelle, de la soif, du besoin d'art « des gens ». Tout cela se termine dans un accablement collectif du directeur du théâtre et de l'adjoint qui concluent sur l'urgence vitale de programmer une prochaine pièce sur la crise identitaire des Mongols vivant dans les bidonvilles d'Oulan-Bator et versant dans l'alcoolisme. Condition sociale et économique miséreuses, perte de repères culturels, les comédiens seront donc à poils pour figurer l'égarement d'un peuple qui a tout perdu, même ses frusques !
[1] La résidence n'est pas une villégiature, mais peut raisonnablement être considérée comme un squatte honorable voulu par les z'élus de la commune. En contrepartie, la troupe de théâtre invitée devra produire un spectacle nouveau joué gratuitement pour le public local. Le jour venu, docteurs, avocats, z'élus, constitueront la majeure partie du peuple présent. Entrées sur invitation exclusivement. Quelques tolérances seront néanmoins accordées aux crotteux et galleux, vrais amateurs de théâtre, qui se seront manifestés timidement et seront venus en vieille Mégane pourave juste après les commissions hebdomadaires chez Carrechour. Désolé pour ce relent bileux de lutte des classes, mais ceux-là seront en haut, derrière un poteau malgré leur amour du théâtre et viendront sans le calcul fielleux de ménager leurs relations en recourant au baise-main et lêche-b... sur la personne du Maire.
2 commentairesLes prouesses du Service Communication
par Meilhac, le 8 Septembre 2008 à 12:10
Sans le savoir, vous avez tous une idée précise de la production du Service Communication de votre collectivité. Chaque mois, grâce à votre pognon, votre boîte aux lettres en avale par kilos avant que la poubelle ne les digère. Le Service Communication est cette agrégation disparate d'agents, mêlant uniformément des personnes aux profils de geeks paumés (généralement au grade d'agents administratifs) dans une collectivité, par défaut d'avoir dégotté un poste dans une vraie boîte d'info et, d'un autre côté, des agents standard, régulièrement douchés, arrosés de sent-bon à la lavande, enveloppés dans des chemisettes défripées chromatiquement improbables et qui eux n'ont pas passé leur nuit sur Fight Big Fucker World XII.
En quoi consiste le boulot du Service Communication ? A faire en sorte d'assurer de laisser apparaître la tronche du seigneur local sur chaque page, le bas du visage toujours balafré du même sourire mécanique aussi idiot que faux de type balkaniesque. En sus des images, il ne faut surtout pas omettre l'édito de Sa Majesté entièrement rédigé par un inutile du Cabinet. Voici la première cause de l'existence du Service Communication. C'est bien pour cette unique raison que le directeur de ce service est systématiquement un ami du pouvoir en place ou, au moins, un sympathisant fidèle dont on est sûr qu'il n'osera laisser passer aucune affreuseté politiquement diffamatoire, donc vraie, du genre : « Le Maire a été mis en examen » ou encore « La Cour des Comptes épluche les bilans de la collectivité ». Surtout pas. En revanche, il faut écrire en gras que « Monsieur le Maire a inauguré la déchèterie dotée de containers à compost king size», « Monsieur le Maire a remis le premier prix de Miss Comice agricole à Ginette Trocon», « Monsieur le Maire félicite la petite Aurélie Couillard pour ses résultats lors de la dictée intercommunale »...etc.
Le Service Communication se distingue par la qualité de sa production graphique. Vous souvenez-vous des affiches anti-tabac orangées avec, en leur centre, un éléphant vu de profil en train de fumer, et qui décoraient les murs des salles d'attente de la Sécurité sociale en 1978 ? En voici un bel exemple contemporain. Le Service Communication a environ 30 ans de retard en matière de création. Pourquoi ? Parce que le Cabinet du Maire doit valider chaque production graphique et que l'on connait la pertinence des jugements esthétiques de ces éminences latrinesques sorties de Science Pot.
Chaque fois que j'eus à faire au Service Communication, je fus surpris par l'amoncellement de talents volontairement étouffés chez les créatifs et par le zèle que déployait le directeur du service à se pâmer devant ses dernières affiches dignes de celles de la propagande chinoise vantant les actions du Parti.
Sur l'une des affiches que j'avais demandées pour une exposition, la maison du Maire était fortuitement visible, perdue au milieu de dizaines d'autres certes, mais reconnaissable en raison de ses dimensions et du confort hollywoodiens d'apparence. Aucune prise de risque de la part du directeur craintif devant les hyènes dressées du Cabinet, la bâtisse fut « photoshopée » et gommée grâce à un pansement informatique. Quelle était la raison de cet effacement ? Surtout ne pas prêter le flanc à l'opposition politique communale suspectée d'être possiblement prompte à utiliser cette affiche pour dénoncer la présence étouffante du Maire dans les médias locaux. Pour le coup, le zèle était partagé mais il ne fallait prendre aucun risque. Une fois finalisée (c'est-à-dire, la maison effacée), l'affiche fut validée par un mignon du Cabinet. Des dizaines d'exemplaires de cette affiche recouvraient alors les murs de la commune. Cependant, le montage était si mal accompli que des citoyens l'ont vite remarqué et se sont interrogé sur le défaut graphique de l'affiche. Chacun avait reconnu une vue de la commune et identifié l'élément manquant. Ce fut un point de discussion et de moquerie fameux contre le Maire.
En un mot, bravo pour la qualité du travail graphique du Service Communication et félicitations aux chiottards pour la pertinence de leur vision politique. Gouverner c'est prévoir pense-t-on habituellement. Pourtant, là aussi, le facteur « Ridicule » n'avait pas été suffisamment considéré dans la réflexion politique. Peu importait, le Maire fut appelé à des fonctions élargies et emporta une partie de son chenil dans ses bagages. Comme quoi, en politique, plu on est ridicule et minable, plus on a de responsabilités !
aucun commentaireDe l'utilité d'un musée pour certains profs
par Meilhac, le 6 Septembre 2008 à 23:43 (modifié le 14/09/2008 à 15:56)
Achtung ! Public sensible, susceptible et fragile, qu’il faut dorloter car les profs assurent 10 à 20% de la fréquentation d’un musée. Il en existe deux sortes majeures partagées en sous-catégories classées selon le degré de névroses et psychoses obsessionnelles ancrées dans ces âmes torturées et mutilées à la fois par l’administration et, un tantinet par les élèves.
Professeurs et élèves ont le privilège de bénéficier de la gratuité totale du musée pendant la période scolaire. Cela va du transport, si le Conseil général est généreux et gère des structures culturelles dont il veut masquer le déficit avec une fréquentation biaisée, à l’entrée et l’animation combinées une fois dans le musée. Les élèves profitent du lieu pour assoir des connaissances qu’ils ont normalement acquises. Les profs, eux, viennent au musée pour se décharger de leurs élèves et faire l’économie d’un cours. Cette catégorie de profs constitue environ la moitié de l’effectif enseignant que j’ai pu fréquenter. L’autre moitié est composée d’enseignants volontaires et actifs. Soyons honnête, le professionnalisme et l’implication de ces derniers ne nous intéressent pas !
Avant de venir au musée, l’enseignant se renseigne pour obtenir un dossier pédagogique présentant le musée et les animations scolaires qui y sont proposées. Ce document, plus ou moins épais selon les musées, contient le descriptif de l’atelier, son déroulement, ses objectifs pédagogiques et scientifiques, un glossaire et les réponses aux questions posées aux élèves (même si le prof les connaît déjà puisqu’il les a abordées dans son cours ; cependant, par bienséance, il faut garder ces réponses systématiquement réclamées par les profs). Le dossier doit être empreint d’une rhétorique et d’un baragouinage de pédagogue si l’on veut être crédible. Ainsi, qu’est-ce qu’un objectif scientifique ? Par exemple, l’élève doit avoir compris comment et pourquoi Léonard a appliqué la technique du sfumato derrière Mona Lisa. Et un objectif pédagogique alors ? L’élève doit acquérir les outils lui permettant de différencier Mona Lisa d’une chanteuse de Rn’B ou encore savoir qu’il est mal aisé d’enfoncer son pinceau dans l’oreille de son voisin (en pédagogie « mal aisé » est plus approprié que « interdit » jugé inconvenant, voire traumatisant, pour les oreilles faussement innocentes des jeunes diables). Effectivement, cela a l’air caricatural, une fois de plus de l’auto-méticulation sous-ventrale de pédagogues zélés, mais la distinction et le détail des différents objectifs doivent être inscrits dans le dossier pédagogique, de préférence sous la forme d’un tableau !
Une fois que le prof a le dossier pédagogique en main, je dis bien « en main » car il est illusoire et vain d’insister pour envoyer le document par mail, il doit réserver un bus pour transporter son petit monde. Grande aventure pour les plus fictivement farouches et réellement nonchalants, ceux qui persistent à ne pas s'émouvoir de la vie qui existe au-delà des murs de l’école. En général, c’est à vous de leur dire comment faire, voire de le faire tout bonnement. Ensuite, prenez votre mal en patience ou ayez le dos large car, puisque vous ne pouvez pas signer le bon de commande pour l’école, il faut joindre la comptable de l’établissement scolaire qui, bien sûr, n’a pas été tenue au courant du projet de sortie de M. Glandard, professeur de dessin (euuuuhh…d’arts et éveil artistique). Forcément, la comptable ne comprend pas votre intervention et vous engueule. Malgré tout, vous ne pouvez pas lui en vouloir. En revanche, à Glandard, oui.
Enfin, le grand moment, celui de la visite. Ce jour-là, les enfants, appelés, comptés et recomptés hors et à l’intérieur du bus, doivent être à l’école dès 8 heures (voire 7h30), les parents auront signé et contresigné des autorisations à tire-larigot, voire auront eu la visite d’un avocat et d’un huissier mandatés par l’établissement scolaire pour se prémunir de tout problème (aujourd’hui je caricature, peut-être pas dans 10 ans). Les élèves arrivent au musée à l’heure prévue. Le prof a déjà capitulé durant le trajet car il sait qu’il va pouvoir se dédouaner sur le responsable du musée qui devra assurer à la fois l’animation et la surveillance de 30 gamins enragés libérés sans caution et certains d’échapper à la vigilance endormie de leur maton régulier. A l’excitation de la sortie, ajoutons une variable très sensible pour cet âge : la profusion d’hormones qui chamboulent les corps des collégiens et embaument le bus, rendant ce petit monde totalement hermétique à tout ce qui ne porte pas de string-ficelle. Mona Lisa n’a pas de string, mais Jessica oui, et Kevin l’a remarqué… On y est, les ados sont dans le musée. De son côté, rapidement et subrepticement M. Glandard, baise-en-ville en bandoulière, est sorti pour fumer sa pipe, puis attendre au café du coin en compagnie de quelques accompagnateurs avec qui il est venu. Véridique.
Les mois passent. Aucune nouvelle de M. Glandard. Il ré-apparaîtra à l’accueil du musée lors de ses vacances estivales, entouré de sa famille et de ses amis. Il sera offensé, avec esclandre publique assuré, si vous lui contestez l’entrée gratuite un 1er août alors qu’il affirme être en pleine préparation de ses cours. Petite vengeance personnelle mais le calendrier est de mon côté, je nie la gratuité. En plus de cela, j’ai bien envie de simuler un spasme verbal façon Gilles-de-la-Tourette aggravé par la méthode globale pour signifier tout mon mépris. Adieu Glandard !
2 commentairesDix millions d'euros... pour quoi faire ? Bin, un musée !?!
par Meilhac, le 29 Juillet 2008 à 11:42 (modifié le 29/07/2008 à 22:35)
Chaque élu veut son joyau, cet héritage qu’il laissera et qui permettra à ses petits-enfants de se pâmer au crépuscule devant la salle des fêtes affublée du patronyme de leur aïeul. Ainsi, selon son envergure nationale ou communale, l’élu aura soit un musée en bord de Seine ou bien un lavoir baigné par la Coqueluchonne.
Quelle joie de se retrouver parmi un parterre d’élus pour un entretien d’embauche dont l’enjeu est juste l’avenir d’un projet culturel d’une valeur d’à peine 10 millions d’euros et pour lequel tous s’imaginent qu’il va attirer à coup sûr 100.000 touristes en dépit, à la fois de l’inexistence d’hôtels alentours, de la première grande ville située à 50 km et de l'absence de goudron sur la voie d’accès. Car c’est comme cela que les élus réfléchissent ; leur pensée se fonde sur l’investissement pour imaginer le succès proportionnel et certain de leur futur musée et non du travail préliminaire à exécuter.
Ainsi, quelle jubilation de les voir de concert s’aérer les gosiers tels des poissons abêtis d’avoir été pêchés lorsque le candidat demande, par exemple, s’ils ont déjà songé et commencé à communiquer sur leur bébé musée mal né.
Extraits de l’entretien d’embauche dont je fus témoin amusé.
Le Président du Conseil général : « La commercialisation, ce sera le boulot du directeur ! »
Le candidat : « Et vous voulez ouvrir dans six mois alors qu’il n’y a que les cloisons, même pas de toit…… ???? »
Le Président du Conseil général : « Absolument et il faut équilibrer le budget dès la première année, impérativement»
Le Président de la Communauté de Communes (vermoulu dans ses 80 ans) : « Vous habiterez où ? »
Le candidat : « Est-ce que cela a une influence sur l’efficacité professionnelle du futur directeur ? »
La chef du patrimoine du Conseil général (à l'ouest, cultureuse, loin du vrai monde et pour qui évoquer l’argent, c’est sale, caca-boudin, pas beau !) : « Que comptez-vous faire pour les scolaires ? »
Le candidat : « Mettre en place des animations en concertation avec le Rectorat mais aussi surtout innover dans le contenu et la forme de la médiation culturelle».
Il y a des mots qu’il faut absolument replacer dans un entretien comme concertation, coordination, pilotage…etc.
Le candidat s’adressant à la chef du patrimoine : « Mais, si vous me permettez, M. le Président évoquait à l’instant l’équilibre budgétaire mais comment faire lorsque 20% de la fréquentation du site seront assurés par des scolaires dispensés de paiement d’entrée et pour lesquels il y aura forcément des dépenses d'animation notamment ? »
Le Président du Conseil général (étonné par la pertinence et l'évidence de la question, bloqué dans sa réponse) : « ……………………. ? »
La chef du patrimoine (qui n’a pas compris la question) : « ………………………….. ? »
Le Président de la Communauté de Communes (qui n’a pas compris la réponse) : « Vous habiterez où ? »
Le Président du conseil général : « Vous êtes pris, que faites-vous quand vous arrivez le premier matin ? »
Le candidat (ne sachant que répondre face à ce désert intellectuel qui gît dans la question) : « Eh bien… je consulte le projet scientifique et culturel que vos services ont dû rédiger et qui sert de plate-forme au projet….. normalement ! ».
Le Président du conseil général : « Que pensez-vous des partenariats ? »
Le candidat (de plus en plus déconfit face à la portée des questions) : « Pour se développer, un musée doit compter sur ses voisins. Or, votre région compte de nombreux sites à renommée nationale avec lesquels des liens thématiques et touristiques pourraient être tissés ». Plus banale comme réponse, y’avait pas ! Mais la question était indigne.
Tout l’entretien, qui a duré une demi-heure montre-en-main, fut de cet acabit, révélant que les élus ne connaissaient pas leur sujet, n’avaient aucune idée de leur projet de développement, ni d’ailleurs n’avaient déjà posé un orteil dans un musée. La seule chose dont ils étaient conscients était la somme de dix millions d’euros engagée et de l'équilibre budgétaire oppressant.
Inutile d’étayer une conclusion évidente. L’opération devait assurer le prestige des élus locaux et leur promettre une photo dans le canard départemental, prise par une correspondante locale lors de l’inauguration.
Tout ça pour une seule photo à dix millions d’euros. Comme pour les jumelles de Brad Pitt et Angélina Joli sauf que là au moins, il y avait deux photos pour la même somme !
aucun commentaireDe l'égalité des chances lors du recrutement
par Meilhac, le 9 Juin 2008 à 15:10
Le concours est la voie royale pour être recruté dans la Fonction Publique. Cela vous a été répété, rabâché, remâché, dans un premier temps par vos profs de fac qui ne savaient pas qu'une vie différente pouvait exister au-delà des murs de l'Université et, dans un second temps, par votre premier employeur public, celui qui vous aura exhibé un CDD de un an non renouvelable à l'autre bout de la France. Le concours est réputé pour être une garantie d'égalité entre candidats, un principe républicain vénéré qui fait du néo-lauréat, un agent dorénavant ultra-compétent et performant (surtout dans le culture !) alors que, 24 heures plus tôt, le novice devenu conservateur confondait encore le distributeur de Coca de son futur musée avec un Vermeer. Voilà la théorie et nous détaillerons l'imbécilité des concours dans une autre contribution. En matière de recrutement, l'exercice fait intervenir deux institutions : une collectivité locale et la préfecture avec son Contrôle de Légalité. Les collectivités n'ont pas le droit de recruter en dehors des clous républicains, ceux plantés par le concours. Pourtant, elles se servent dans un vivier inépuisable où s'entassent chômeurs et autres précaires prêts à se tondre le torse grâce à une pince anglaise pour quelques ronds et surtout pour l'espoir d'intégrer la Fonction Publique. Mais les mandarins font ce qu'ils veulent. Le meilleur moyen, un peu sadique, est de rechercher les offres d'emploi bidonnées, arrangées, cousues pour les favoris des élus et autres notables de la Direction Générale d'une collectivité.
C'est un fait, quand vous candidatez, quand vous espérez que votre profil va séduire, quand vous vous dîtes justement que l'avenir va se démêler car votre prétention épouse les compétences et le profil exigés, retenez-vous pour ne pas tomber dans l'illusion puis la désillusion ou pire, le dégoût et le découragement.Beaucoup d'annonces sont pipées, arrangées en faveur de candidats déjà en place que l'on souhaite promouvoir afin de faire plaisir à un élu ou encore à un ami.
Le premier indice est l'ampleur de la diffusion de l'offre d'emploi. Lorsqu'une collectivité a une place vacante, elle doit faire une publicité minimum ; la loi l'y contraint. Pour cela, le Centre de Gestion de la Fonction Publique Territoriale, l'antenne départementale, doit en être informée car c'est à lui qu'incombe la tâche de diffuser la proposition. Une fois sur deux, cette antenne locale n'a pas de site web et, lorsqu'elle en a un, l'agent chargé d'actualiser les annonces ne sait pas le faire !
Le second indice réside dans la lecture de l'annonce, les spécificités demandées. Car, là encore, lorsqu'une collectivité souhaite restreindre le nombre de candidats, elle énonce des compétences très rares que seul l'autochtone pressenti et voulu possède. Par exemple : « Avoir soutenu une maîtrise sur de l'art mandchoue de la basse vallée du Yu entre 1240 et 1321 ET avoir eu une expérience au sein du Musée de l'Homme de février 1998 à mars 2001 (sinon, c'est pas la peine de postuler) ».A titre d'exemple, voici les profils requis pour deux postes de conservateurs aux missions très distinctes et devant œuvrer dans un même parc naturel (les fautes « demanière » « établissment » est d'origine):
Profil souhaité:
Posséder une expérience dans la conduite scientifique d'un établissement muséal, la réalisation d'expositions, ainsi que dans la gestion de collections. Il présentera des connaissances en sciences humaines et sociales. Le candidat aura participé demanière significative à des actions d'animation de politique territoriale. Il aura le sens du travail en équipe et des relations humaines. Une bonne pratique des outils informatique est exigée. Une expérience dans la direction d'établissment sera appréciée.Maintenant, voici un autre profil requis pour un autre poste de conservateur dans la même structure :
Profil souhaité:
Posséder une expérience dans la conduite scientifique d'un établissement muséal, la réalisation d'expositions, ainsi que dans la gestion de collections. Il présentera des connaissances en sciences humaines et sociales. Le candidat aura participé demanière significative à des actions d'animation de politique territoriale. Il aura le sens du travail en équipe et des relations humaines. Une bonne pratique des outils informatique est exigée. Une expérience dans la direction d'établissment sera appréciée.Bien que les missions pour ces deux postes soient différentes, le profil exigé est le même. Mais le doute reste, car on peut mettre cette homologie des profils sur le dos du service des ressources humaines suspecté de ne pas vouloir se creuser la citrouille pour rédiger des profils distincts.
Autre exemple, aussi éloquent que minable. Une grande collectivité recherche un archéologue. Pas n'importe lequel. Il suffit de lire le profil exigé :
- formation universitaire Bac+5, DESS ou MASTER II, en sciences et techniques de la terre appliquées à l'archéologie,
- expérience indispensable en archéologie urbaine, en particulier préventive,
- maîtrise des techniques de la topographie et de la photographie zénithale,
- maîtrise des logiciels de SIG, de SGDB et de DAO ainsi que des outils de transfert des données topographiques,
- formation spécifique en matière de sécurité et prévention dans les travaux publics,
- connaissances de la législation de l'archéologie,
- bonne connaissance des acteurs de l'archéologie nationale et si possible régionale (service de l'état, collectivités territoriales, universités, associations...),Ici, le candidat peut être un débutant, donc sans expérience, mais doit forcément en avoir eu une en archéologie urbaine et plus particulièrement en archéologie préventive ; doit être un as pour la manipulation des outils informatiques ; doit être au fait de la législation en archéologie et avoir eu une formation spécifique en sécurité et prévention dans les travaux publics. Je vous fais grâce du reste de l'annonce tout aussi éloquent et délibérément contingentant.
Un détail pour cette annonce : non seulement le concours n'est pas demandé mais, en plus, le poste est à pourvoir rapidement. Au 1er juillet.... L'année universitaire se terminant, un prof travaillant avec ce service d'Archéologie aurait-il un étudiant à placer selon ses accointances avec le directeur(trice) du service ? Heureux sera le candidat pré-choisi. Mais, tristes voire désespérés seront ceux qui y auront cru et qui auront claqué un max de pognon et consumé des kilos d'espoir pour tenter de convaincre un jury aux ordres et souvent amusé.
Si vous répondez à une annonce bidon, que risquez-vous ? Rien car vous rendez service à la collectivité pour qui la proposition d'emploi aura été fructueuse et lui aura permis d'organiser un vrai-faux recrutement. En revanche, selon votre lieu de vie, vous perdrez du temps et surtout du blé. Beaucoup de blé car il faut prendre le train, se loger et bouffer. Et peu de collectivités sont suffisamment scrupuleuses pour penser à ces gens qui vont se déplacer avec l'espérance de rafler au minimum un an de répit dans leur chômage.
aucun commentaireL’habilitation Electricité
par Meilhac, le 4 Juin 2008 à 17:58 (modifié le 06/06/2008 à 22:52)
Le concours des Services techniques dans une collectivité laisse toujours une impression mitigée et, après avoir vu l'efficacité et la resplendissance des techniciens lors d'une intervention chirurgicale de terrain, on ne sait plus quoi penser. Un matin, soudainement, sans prévenir, un moment de panique n'épargna pas l'équipe fortement hétérogène (dans sa composition humaine et ses compétences) du musée après que celle-ci eut collégialement constaté les défauts des outils qu'offre la modernité : l'ampoule du hall d'accueil était décédée. Stupeur générale. Le soulèvement des masses laborieuses pointait face à l'usure et la destruction de l'outil de travail qui donnaient opportunément un argument supplémentaire pour ne pas bosser ou en foutre le moins.
Cet évènement, avec assurance et sans prendre les paris tant j'étais certain de gagner, allait constituer le fait traumatisant de la journée. J'espérais que les séquelles ne resteraient pas gravées trop longtemps dans les âmes déjà torturées des agents.
Sans l'espérer, une initiative fut prise spontanément par la Perle de l'équipe. Toutefois, comme tout régime administratif dictatorial, la Perle eut besoin de la validation de son chef de service. Manque de chance, c'était moi. Mais, pour une fois, j'existais, je sentais que des yeux humides délicatement posés sur ma personne trahissaient une attente à mon égard. La Perle soumît sa proposition :
- « Et si on appelait les services techniques pour changer l'ampoule !?! »La phrase à peine terminée, la Perle, convaincue de la pertinence de son idée, se balança sur elle-même comme une enfant attendant un bon-point arrachée dans une plaquette de chocolat au lait. La récompense ne vint pas immédiatement. Je me lançais :
- « Mais, nous pouvons la changer nous-mêmes cette ampoule ! » osais-je dans un moment d'égarement. Pour le coup, je tenais effrontément parfaitement mon rôle de rabat-joie.
- « Bin, vous avez pas l'droit ! Y faut l'habilitation Electricité ! » tempêta la Perle.Outrée, la Perle avait fait mouche. Elle le savait. Les autres hochèrent la tête en silence et en cœur pour approuver la flèche qui m'avait été décochée.
Pour changer une ampoule, il faut être habilité. Surtout ne pas chercher à comprendre cette tradition. Est-ce fait pour partager le travail ? Est-ce un héritage de la France de la Libération où chacun dans les usines contribuait à reconstruire le pays en respectant les mêmes gestes répétées à l'infini sans empiéter sur le territoire du voisin ? Surtout ne pas chercher à comprendre que j'vous dis !!!!
Pendant ce temps-là, l'abat-jour du hall restait orphelin et chaque agent était résigné à porter le deuil de la petite ampoule « qui avait tenu plus que l'ancienne » selon les commentaires émérites des agents les plus expérimentés dans l'observation des mouches au plafond.
Durant l'après-midi, surpris par la célérité de l'exécution de la demande (soit cinq heures plus tard), une patrouille composée de deux voitures respectivement remplies par un agent « saloppetté », déboulèrent au musée. Pas en trombe. Mollement. Doucement. Mais sûrement. La rapidité de l'intervention avait été assurée par l'auteur de la demande, un agent du musée. Je compris que la communication était beaucoup plus efficace entre agents, surtout lorsqu'ils s'étaient côtoyés auparavant avant que l'un des deux ne se fasse jeter du service pour incompétence ou tout autre motif qui laisse tout aussi froid dans la Fonction Publique Territoriale. Il faut dire que l'exercice de la communication entre agents était aussi quotidien : les pétitions étaient les premiers motifs de discussion (après les dents du petit et tout ce qui se raccrochait aux nouveaux gluants fraîchement dépotés).
Les deux agents des Services techniques débarquaient au ralenti de leurs Kangoos défoncées tels des soldats américains sautant de leur hélicoptère allant napalmiser un village de Rouges. Une scène commune dans les films américains. Ne manquait que Wagner en fond sonore. Les agents des Services techniques galvanisaient ainsi leur fierté et réchauffaient leur amour-propre grâce à ceux du musée qui se disposèrent spontanément en rang d'honneur pour exalter l'ardeur des deux laborieux, venant changer une ampoule, rappelons-le.
- « Pourquoi êtes-vous DEUX pour changer UNE ampoule ? » osai-je sans pouvoir me contenir tant la question inondait ma bouche.
- « C'est le règlement ! ». La réponse tomba sèchement comme la lame d'une guillotine.
- « Excuse-le, il est nouveau » tempéra immédiatement une des agents du musée à l'encontre de son collègue électricien et qui ainsi vola à mon secours devant la raideur administrativo-syndicale de son confrère des très prestigieux Services techniques.Pendant l'exécution des travaux, l'un des agents escalada au péril de sa vie les 10 marches de l'escabeau pendant que son suivant s'entretenait avec ses collègues du musée, commentant silencieusement tous les gestes de son chef. Toutes se pâmaient pour le héros alpiniste d'escabeau au sommet de l'élévation en aluminium haute de 2 m.
Cette histoire d'habilitation est gravée dans mon bulbe cérébrale pourtant rabougri par ces années de Fonction Publique. Malgré tout, je n'ai jamais réussi à éclaircir l'affaire. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? Comme un tabou, même la Direction Générale n'a jamais osé se prononcer sur ce sujet semblant craindre des révélations pouvant mettre en péril un monde parallèle. Je me pose toujours les mêmes questions.
- Qui protège qui dans cette histoire d'habilitation Electricité ?
- Et surtout, qu'est-ce que réellement l'habilitation Electricité ? Un code, un Graal qui permet d'entrer dans la confrérie des agents de la Fonction Publique et d'être reconnu et accepté ?
2 commentairesDRH ou comment gérer l'élection du Maire
par Meilhac, le 23 Avril 2008 à 10:45 (modifié le 24/04/2008 à 23:23)
Les motivations d’une DRH doivent être en symbiose avec celles du Maire. Nécessité habile si le chef de la DRH veut garder sa place, il doit adhérer au management très objectif et magnanime de son Maître qui ne juge les agents que sur leurs compétences et aptitudes…. de colleurs d’affiches (et lécheurs de pompes s’il reste de la salive). Cette obligation est salubre et valable car l’objectif de Maître est d’atteindre le stade ultime du Nirvana de la vie en collectivité en terme d’entente humaine, de plénitude économique, de qualité environnementale, pour tous les électeurscitoyens.Ainsi, la DRH a des missions qui empêcheront toutes les velléités extérieures de contrecarrer le dessein de Maître dont l’action sur les consciences est géographiquement limitée aux couloirs de la Mairie. La DRH se plie :
- A
acheterécouter les syndicats aux dépens des chefs et directeurs de service (« Faut pas déconner, y paraît qui y’en a qui veulent torturer les agents en leur apprenant de mauvaises manières qui consistent à….. travailler » et la DRH ne pourrait tolérer cette pratique).- A
protégerécouter les agents, tous de bonne volonté et unis dans la lutte pour atteindre l’Olympe du fonctionnaire conscient de son statut, c’est-à-dire un état d’inaction et de plénitude morale le mettant définitivement à l’écart de tous risques professionnels (avec l’appui des syndicats compatissants bien sûr)- A recadrer les chefs et directeurs de service qui auraient tenté et même envisageraient à un moment ou un autre de recourir à la participation d’un agent alors que ce dernier ne se sent pas d’apporter son concours à l’œuvre publique (« bref, y veut pas bosser ! »).
Voici donc les missions professionnelles d’une DRH.
L’une des collectivités que j’ai côtoyées avait pour principe de base d’accorder ses deux oreilles, son sonotone, son micro, son porte-voix à n’importe quel agent, seul ou groupé, et ce quelles que furent les conditions dans lesquelles la cheville ouvrière du Service public bavait ses doléances puis salivait à l’idée d’avoir la peau de l’esclavagiste chef de service irrespectueux des acquis professionnels qui permettent toujours à un agent de se mettre en maladie (avec la complaisance d’un médecin) quand il sent poindre la velléité d’une demande de la part de ce même chef aussi irresponsable que naïf. Les lettres de dénonciation anonymes et les pétitions étaient bien sûr les documents de liaison les plus appréciés par la DRH. Ainsi, pour juger le travail d’un directeur de service, la DRH s’appuyait sur les pétitions qu’elle recevait régulièrement plutôt que sur les rapports rédigés vainement par les cadres à qui elle réclamait pourtant des notes sur les agents coupable d'un écart ou abus. Précision : selon cette collectivité, un abus était atteint lorsqu’un agent s’effondrait ivre mort devant des usagers. S’il se rétamait seul ou devant ses collègues, l’indulgence, la compréhension et l’écoute étaient alors de mise (avec cure de désintox payée par la collectivité en sus).
L’une de ces plaintes visait une directrice pointée par les agents de son service, eux-mêmes écrasés par la charge de travail qui les contraignait à partir systématiquement plus tôt tant la fatigue les cisaillait, et qui décidèrent de concert de porter plainte, anonymement bien sûr. Le motif de cette plainte : harcèlement moral. Le bon vieux harcèlement moral passe-partout et utilisé par les fausses victimes alors que les vraies restent cloîtrées derrière une muraille d’inconsidération et de mépris.
Le Maire apprenant cette nouvelle se désolidarisa rapidement de la directrice qu’il avait pourtant reçue pour lui assurer son soutien. Ben ouais, les camarades de campagne appuyaient la démarche des agents anonymes et ça, Maître, toujours très courageux (c’est un z’élu !) l‘avait omis. Toute la direction générale fit de même. Le Z’Elu en charge du service décampa et coupa sa ligne téléphonique… La directrice se retrouva esseulée à devoir témoigner devant un tribunal, un avocat à sa charge. Le juge, amusé, mit rapidement fin à la mascarade après qu’un policier eut compris que l’agent qui avait fomenté tout cela avait des antécédents… négatifs (restons sobre) du côté d’un organe qui se trouve dans le crâne et dont la molesse de la gelée cérébrale entravait la capacité de réflexion et de concentration.
Depuis cet épisode, cette directrice traumatisée revit l’épisode judiciaire et se voit refourguer toute la crème tombée du camion impossible à recaser ailleurs.
Chers Français, vos Z’Elus sont un peu comme ça : un mélange de couardise avec un zest d’inconscience et de désinvolture à l’égard des chefs et directeurs de service. En revanche, derrière chaque agent se cache un électeur qui parlera du bon Maître à toute sa famille. L’équation est simple :
Electeurs + [(syndicats x Agents) - (Directeurs + chefs de service)]
= élection acquise
aucun commentaireSécurité ou handicapés, faut-il choisir...???
par Meilhac, le 15 Avril 2008 à 22:37 (modifié le 16/04/2008 à 11:05)
Dans un musée, il est quelques moments forts, dramatiques, haletants. Presque intéressants. Difficilement concevable, celui de la visite de la commission de sécurité est l’un de ceux-là.Très irrégulièrement dans le temps, un pompier, un policier, un z’élu, un mec de la Préfecture aussi ampoulé qu’encravaté, un représentant des Services techniques affublés de ses suivants débarquent avec des cahiers sur lesquels il faudra cocher des cases. L’addition des croix et des ronds permettra d’attribuer ou non un avis favorable dont le Maire ne tiendra de toutes façons pas compte.
Ce jour-là, pas de chance pour nous : fait presque aussi rare que la visite de la Commission de Sécurité, nous avions des visiteurs. Un groupe exclusivement composé de grabataires, parkinsoniens et autres shakers appareillés sur pattes rabougries. De quoi songer sérieusement à installer une antenne médicale de campagne dans la cour du musée.
Après les salutations de faux usage entre les membres de la commission, plus personne ne se souvenait des basses qualités des uns et des autres car, comme chez le proctologue, on n’y fait pas attention et on attend que ça passe. La visite de la Commission débuta aussi poliment que silencieusement. Sauf pour un. Alerte comme une fouine cocaïnomane, le chef des pompiers enclencha son regard fureteur de James Bond trahissant qu’il piaffait d’entrer en action. Il prit possession des lieux tel un chien renifleur à la recherche de victimes après un séisme. Sauf que le musée était encore debout si l’on exceptait les croulants qui, au bout d’une demi-heure, entamaient déjà la troisième marche de l’escalier.
De suite, le pompier releva malignement, à l’image du personnage campé par Daniel Prévost dans le Dîner de Cons, les imperfections et irrégularités en y puisant un flot de satisfactions personnelles jubilatoires. Sa jouissance était amplifiée par les mouvements de tête approbatifs et mécaniques du gars de la Préfecture que la nature avait oublié en lui donnant le regard du personnage de Jacques Villeret (même film), le talent comique en moins. A mon tour je me faisais un plaisir de lui faire remarquer que ses observations relevaient d’aménagements réalisés trois ans auparavant juste après sa dernière visite et lui montrais son dernier rapport. Peu lui importait, le plaisir du pompier intransigeant ne devait pas être polluer par un emmerdeur contradictoire qui défaisait ce qui avait déjà été préconisé et qui avait requis la dilapidation de l’argent public.
Mais la visite de la commission connait toujours un sommet. Un pic d’émotions. Cette troupe de galonnés se retrouvait vite en manque de pimpon. Il leur fallait leur dose d’alarme pour qu’ils se sentent mieux. Le pompier, toujours lui mais avec le soutien du policier, demanda à entendre la sonnerie d’alarme au feu. Quatre-vingt décibels giclant entre les murs d’une bâtisse séculaire et accessoirement dans les feuilles de mes vieillards handicapés, ça fait très mal, mais il fallait vite un pimpon, une sirène, une alarme, une dose d’adrénaline. Bien qu’il existait un signal lumineux notifiant le déclenchement silencieux de l’alarme, la cohorte de la commission insista pour entendre le pimpon à la manière d’enfants exigeant fiévreusement la dernière création anti-artistique de la daube adolescente star-académicienne.
J’essayais de maintenir ma position pour épargner une alarme agressive à mon groupe d’handicapés essoufflés. En vain, je demandais donc à deux agents de prévenir les responsables valides du groupe du branle-bas sonore martial qui allait être déchaîné volontairement.
Tout excité, le pompier arracha une feuille de papier et dégaina un briquet. L’alarme, vérifiée deux jours avant par l’installateur lors d’un contrôle routinier, se déclencha sèchement. Satisfait, le pompier cocha vite la case pour se languir dans une pose voluptueuse à l’écoute de ce qui était pour lui une symphonie mélodieuse. Un brouhaha éléphantesque et des cris de panique perturbèrent son extase. Le groupe dévalait l’escalier. Un des membres chuta, un autre eut un vrai malaise de panique et dut être porté dans les bras d’un accompagnateur. Pas assez pour entamer définitivement la béatitude religieuse du pompier pour qui ce bordel prouvait que l’alarme fonctionnait bien et tenait son rôle. Tout de même un peu vexé après que je lui eu dit, « avec retenue » (comme dit notre Président aux Chinois), mes méditations spontanées à l’égard de ses méthodes, le pompier se ravisa en réenclenchant son œil fouineur pour déterrer une irrégularité omise qui lui permettrait de se venger de ces handicapés briseurs de magnificence musicale et perturbateurs de sa petite jouissance.
Quelques semaines plus tard, le rapport préconisait la fermeture du musée. Comme prévu, le Maire s’en foutait. Pour le coup, un z’élu, quel qu’il soit, a parfois de bonnes décisions. Mêmes si elles sont involontaires.
aucun commentaireDe l’inutilité du Cabinet
par Meilhac, le 9 Avril 2008 à 16:25
Les jeux de mots sont aussi faciles qu’avérés : du Cabinet n’en sortent que des bruits de chiotte. L’entrée en matière (...) est rude et pourtant rien ne peut résumer mieux que cet aphorisme l’ampleur de l’inactivité intellectuelle et la qualité piteuse des idées qui jaillissent de l’écurie politique du Maire. Pour entrer au Cabinet et intégrer la jeune garde du Maire, il faut surtout se persuader d'un destin, ou du moins se l’imaginer. Mais, avant tout, avoir un diplôme généralement en Sciences Po. Sinon, un diplôme de l’ENA fera l’affaire encore que ceux-là débaroulent directement dans une sous-préfecture rurale pour soutenir un sous-préfet vermoulu. Celui sortant de Sciences Po, que ce soit de la Sorbonne, de l’Université du Creusot III ou de Montluçon II, ira s’aguerrir dans une mairie de quelques dizaines de milliers d’âmes perdues ou vendues. Sa mission principale consistera à « valider » les affiches préparées par le Service Communication, l’organe de presse chargé de préparer le bulletin communal dans lequel le Maire aura sa tronche sur chaque page ou presque. Ensuite que fait-il d’autre ? Rien ! La seconde partie de sa mission consiste à ne rien faire ou plutôt à tenter de dissimuler son inertie perpétuelle par des agitations durant lesquelles il fera passer un coup de fil ou demandera un rapport sur le fonctionnement d’un service afin de maintenir une pression professionnelle déjà inexistante et pour laquelle personne n’est vraiment dupe. Bin ouais, on est dans la Fonction Publique Territoriale et faut pas se la jouer cadre sup' dynamique !
Surtout, la distraction principale des membres du Cabinet est de contrecarrer volontairement le DGS, voire de l’humilier, toujours en public afin de lui faire sentir que ce sont les seuls décisionnaires car ils ont l'oreille du Maître. Aussi, en réunion lorsque cette fine et jeune fleur politique est présente, le DGS adopte une attitude différente, rentre sa tête entre les épaules, avale la salive qu'il n'a plus et attend poliment pour prendre la parole que l'un des deux glandus la lui accorde. Heckel et Jeckel adorent avilir et faire se prosterner le DGS jusqu’à l’amener au bord de l’humiliation devant un pourtour d’agents étonnés tous aussi pétrifiés. Le chef suprême de l’administration locale sait qu’il est observé, jaugé, étudié et jugé et que tous ses mots et gestes seront rapportés au Maire par les deux corbeaux. Concluons en affirmant que les mignons sont là pour tenir en laisse le DGS à la demande du Maire dont la lâcheté des actes est proportionnelle à son absence.
Le Cabinet est généralement composé de deux personnes : le Chef de Cabinet et l’Assistant, parfois d’un chargé de mission tout aussi inutile sauf à dilapider le fric de la Collectivité. Les deux premiers sont nécessairement encartés ou affichent de très promptes sympathies, souvent d’usage et de circonstance, pour le Maire qui les amènent à faire coller des affiches par les agents tout autant encartés des services techniques. La véritable mission de cette élite est d’apprêter la réélection du Maire en prenant soin de faire semblant de ne pas interférer dans les affaires courantes. Ils y parviennent rarement. Avant tout parce qu’ils ne comprennent pas le fonctionnement des services, s'en tapent totalement, et utilisent leur temps de cerveau disponible à vomir sur tout ce qui les dépasse. Ensuite parce que ces deux joyaux d’inutilité relaient avec la même délicatesse qu’un Chinois manifestant de la tendresse à un tibétain en grève de la faim, toutes les demandes des laquais du Maire. Pour ce faire, ils passent eux-mêmes des appels et négocient perpétuellement avec les directeurs et chefs de service des passe-droits illégaux et pourtant demandés, voire exigés, par d'anciens élus ou amis du Parti. Ainsi, un coup de fil peut être passé en provenance du Cabinet. En général, si le message est relevé par un agent, l’effroi l'assaille et il vous accroche la voix sèche et vacillante comme si la Faucheuse frappait à la porte du musée :
- « C’est le Cabinet ! »
- ou encore « Le Cabinet a appelé, il faut que vous rappeliez tout de suite ! »
Quel est l’avenir de ces latrines mystérieuses et inutiles entretenues par un argent public dépensé sans condition ? L’Assistant continuera son apprentissage politique en servant de porte-serviette à une candidate pour la Présidence élyséenne. Quant au Chef de Cabinet, il poursuivra sa carrière en récurant les mouches qui ponctuent les chiottes de son Pépère si celui-ci attrape un mandat supplémentaire, à la faveur des électeurs complaisants je le consens.
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